Faire une rencontre et entamer une nouvelle relation après un veuvage est un moment bouleversant, mais aussi un sujet tabou qui mérite d’être abordé de façon sereine et sans jugement, car il concerne de nombreuses personnes, notamment parmi les seniors.
Dans leur livre Le sexe après 60 ans, ça s’apprend ! (Solar, 2026), les Dr Céline Candillier et Gérard Ribes, sexologues et psychiatres, abordent ce sujet avec bienveillance et vous donnent tous leurs conseils pour faire face aux difficultés que vous traversez peut-être et à vos interrogations.
Focus sur leurs recommandations, tirées de leur accompagnement en cabinet auprès de veufs et de veuves qui ont retrouvé l’amour.
1. Prendre son temps et respecter son rythme
En matière de deuil, il n’existe aucune règle ni temporalité définie : quand on vit le deuil de son conjoint ou de sa conjointe, le bouleversement émotionnel est intense et chacun·e vit cette période douloureuse à sa façon et à son propre rythme.
L’essentiel est d’être à l’écoute de toute la palette d’émotions qui affleurent lors de cette traversée, et de veiller à bien respecter ses besoins.
Comme le rappellent les Dr Candillier et Ribes dans leur livre, après la perte de son ou de sa partenaire de vie, il existe plusieurs cas de figure :
✨ Certaines personnes décident de vivre seules et ne recherchent pas de nouvelles relations intimes avec un ou une partenaire. Elles choisissent de continuer leur vie sexuelle en solo, grâce notamment à la masturbation et à l’utilisation de sextoys par exemple.
✨ D’autres, pour leur part, vivent une aventure avec un·e partenaire de façon épisodique.
✨ D’autres, encore, se projettent dans une nouvelle relation, car elles se sentent prêtes à vivre une nouvelle histoire sur la durée.
✨ Enfin, certaines personnes ne ressentent plus de désir et deviennent asexuelles (c’est-à-dire qu’elle font le choix de l’abstinence), ce qui leur convient très bien.
Vous le voyez, chacun est différent et l’essentiel est de respecter ce qui vous convient, sans jugement ni chercher à vous comparer aux autres.
💜 Et si votre entourage vous presse de retrouver quelqu’un ?
Dans le cas où certaines personnes de votre entourage vous conseillent, voire vous pressent, de retrouver quelqu’un, alors que ce n’est pas ce que vous souhaitez, vous êtes en droit de leur expliquer que cela ne vous correspond pas et que vous êtes bien seul·e.
Pour prendre soin de vous et évoluer de manière alignée à vos besoins, les Dr Candillier et Ribes partagent dans leur livre une question importante à vous poser régulièrement : « Est-ce que je suis en cohérence avec ce que je ressens, avec mes besoins, mes envies, mes désirs et mes souhaits ? »
C’est la clé pour (re)trouver l’équilibre et l’harmonie, sans vous obliger à faire quelque chose qui ne vous correspondrait pas.

2. Accueillir la culpabilité pour mieux s’en défaire
Lorsqu’ils ou elles vivent une nouvelle histoire après la perte de leur partenaire, de nombreux veufs ou veuves peuvent ressentir un sentiment de honte et se sentir coupables de vivre ce nouveau bonheur.
En fait, cela provient la plupart du temps de pensées, plus que de faits réels. Beaucoup s’imaginent que leur entourage va les juger, censurer ce nouvel amour. S’ensuit alors une auto-censure inconsciente, due au regard des autres et de la société.
Si vous vous trouvez dans cette situation, les Dr Candillier et Ribes conseillent d’accepter avec bienveillance l’ambivalence qui vous anime : vous pouvez ressentir des émotions intenses telles que de la colère, mais aussi de la joie, de la tristesse, de la gêne…
Tout est ok et n’hésitez pas à vous dire intérieurement « Je ne suis pas la seule personne qui vit une nouvelle rencontre à mon âge. J’ai le droit de la vivre, je ne fais rien de mal. »
En cabinet, face à ce ressenti très fréquent, les Dr Candillier et Ribes prennent toujours le temps de rassurer leur·s patient·e·s en leur disant : « Vous avez le droit de continuer à vivre ! » Et d’ajouter : « Vous pouvez rester fidèle à la personne que vous avez perdue tout en reconstruisant une nouvelle étape de votre existence, en retrouvant de la joie, du bonheur et de l’affection. Ce n’est pas lui manquer de respect, mais bien honorer sa mémoire que de continuer à vivre en accueillant vos ressentis. »
Les Dr conseillent également de vous confier à des proches de confiance qui sauront vous aider à relativiser et à mettre à distance la culpabilité que vous ressentez.
Enfin, bien sûr, si vous sentez que le malaise s’installe, n’hésitez pas à consulter un·e professionel·le de santé, que ce soit un·e psychothérapeute ou un·e sexologue, afin de ne pas rester seul·e avec votre détresse et vos interrogations.
« C’est arrivé ! Nos corps se sont rapprochés, nos mains se sont touchées, mes lèvres ont rencontré cet homme… Alors, j’ai pensé à mon mari et j’ai eu l’impression de le tromper… » Claire, 69 ans, veuve depuis 10 ans (témoignage extrait du livre Le sexe après 60 ans, ça s’apprend !)
3. Les trois piliers d’une nouvelle relation
Être connecté·e à son corps et à ses ressentis
Losqu’on n’a plus de vie affective et sexuelle en raison de la perte de son conjoint·e, il arrive qu’on se soit peu à peu déconnecté·e de son corps, sans même s’en apercevoir. Avant d’être en capacité de rencontrer une nouvelle personne et même d’en avoir envie, il est donc important de prendre le temps de revenir à son corps, de recontacter ses ressentis.
Cela peut passer par la mise en place d’une routine de soin quotidienne, par exemple en vous automassant avec une crème hydratante parfumée, en commençant par les pieds, les jambes, les mains, etc. Rien de tel pour recontacter ses sensations corporelles en douceur. Vous pouvez également choisir une activité sportive qui vous aide à renouer avec votre corps et vous fait du bien grâce au mouvement.
Et si vous êtes à l’aise avec cette pratique, la masturbation est également une bonne façon de nourrir votre intimité en vous faisant du bien en solo. Les Dr Candillier et Ribes y consacre un chapitre entier de leur livre Le sexe après 60 ans, ça s’apprend !, afin de transmettre tous leurs conseils de sexologues pour une pratique sécurisée et sans tabou.
La proximité relationnelle et émotionnelle prime sur le reste
Les Dr Candillier et Ribes le voit très souvent en cabinet : la personne veuve n’a plus de vie sexuelle et elle en a déduit inconsciemment qu’elle ne pourra donc plus repartager sa vie avec un ou une autre partenaire. Sans s’en rendre compte, elle a associé le fait de revivre une histoire après son veuvage à une « obligation » d’avoir des rapports sexuels.
Sachez qu’il s’agit là d’une idée reçue fréquente, que les chiffres démentent : qui dit nouvelle relation dit avant tout proximité relationnelle et émotionnelle. C’est là une donnée importante et essentielle à prendre en compte : « Les études sont unanimes : quand vous avancez en âge, votre satisfaction sexuelle dépend de votre satisfaction conjugale et non pas de vos performances sexuelles. C’est la complicité sexuelle que vous entretenez avec votre partenaire qui l’emporte sur la recherche d’orgasme à tout prix. »
De quoi vous rassurer si vous avez ce type d’appréhension.
Le consentement, la base de toute relation saine
Comme le rappellent fréquemment les Dr Candillier et Ribes à leurs patient·e·s, l’élément fondamental de toute relation est le consentement et la « non-obligation » : c’est tout simplement non-négociable ! Et on ne le répétera jamais assez.
« Il est essentiel pour les partenaires de pouvoir se faire des câlins, se caresser, et d’en rester là si ça leur convient, ou d’aller plus loin, uniquement si les deux le souhaitent. Une relation peut être épanouissante même sans pénétration et c’est important pour nous de le rappeler. À chacun·e, donc, de trouver ce qui lui convient.
À nouveau, et nous insistons là-dessus, l’un des éléments clés du désir est le sentiment de liberté, qui est une véritable richesse pour la qualité de la relation et le bien-être mutuel des partenaires.«
Pouvoir parler ouvertement de vos peurs, de vos attentes, de ce qui est possible ou pas, c’est la base de toute relation saine. Et c’est essentiel pour être en confiance avec votre partenaire et nourrir une complicité mutuelle source de bien-être.
💜 Le violentomètre, l’outil indispensable pour savoir où vous en êtes dans votre relation
Le violentomètre est un outil qui vous permet d’identifier les signaux d’alerte au sein de votre couple. Saviez-vous qu’il existe une version spécial seniors ?
Il inclut des indicateurs spécifiques aux seniors, tels que les menaces de placement en maison de retraite, l’arrêt imposé des médicaments, la perte d’une aide à domicile, l’infantilisation liée à la fragilité ou la dépendance accrue due à une dégradation de la santé.
Le violentomètre permet de poser des mots simples sur des situations graves mais banalisées au quotidien. Se situer sur cette réglette permet de faire la différence entre une dispute de couple et de véritables violences conjugales qui sont inacceptables et peuvent mettre la vie de l’un des partenaires en danger.
🌷 Retrouvez le détail du violentomètre dans le livre des Dr Céline Candillier et Gérard Ribes, ou cliquez sur ce lien.
4. Choisir, ou non, d’annoncer son nouvel amour à ses enfants
« Annoncer votre nouvel amour à vos enfants » est le titre de l’un des chapitres du livre des Dr Candillier et Ribes, et ce n’est pas un hasard ! En effet, de nombreuses personnes se retrouvent confrontées à la difficulté de parler de leur nouvel amour à leur enfant et de leur présenter la personne qui fait vibrer à nouveau leur cœur.
Il s’agit également d’un sujet tabou dont personne ne parle : aimer à nouveau vient bousculer l’équilibre familial après un décès, et il faut parfois du temps pour que cela soit accepté par les enfants.
Les auteur·e·s du Sexe après 60 ans, ça s’apprend !, le disent clairement et sans fard dans leur livre : « Les enfants sont les plus gros censeurs de votre sexualité ! » Il s’agit donc d’une donnée imprtante à prendre en compte si vous vous retrouvez dans cette situation.
« Nous constatons en cabinet un paradoxe important, dans une forme d’inversion générationnelle : la sexualité est considérée comme de moins en moins transgressive quand il s’agit d’adolescents, mais elle le devient quand les grands-parents renouent avec une nouvelle sexualité. Certains grands-parents ont ainsi le sentiment que leur sexualité est perçue comme une transgression de leur rôle parental. »
Ainsi, il arrive que la nouvelle vie sentimentale et affective vécue par un parent crée un malaise, voire un blocage, chez leur enfant. Dans ce cas, les Dr Candillier et Ribes recommandent de se montrer patient·e, de toujours privilégier la bienveillance et l’absence de jugement lors de vos échanges avec votre enfant, et de conserver des moments privilégiés avec votre famille sans la présence de votre partenaire pour apaiser la situation.
Il est également important de toujours veiller à ce que vos enfants respectent votre vie privée, tout comme vous le faites avec eux. Ils ont bien sûr le droit de vous dire ce qu’ils ressentent vis-à-vis de votre nouvel amour et de partager ce qu’ils ne comprennent pas, mais en aucun cas de se mêler directement de votre vie privée.
Vous avez le droit de vivre l’histoire d’amour qui vous convient sans avoir besoin de leur « validation ».
« Ma fille m’a traité comme un gamin qui a fait une bêtise ! » Marc, 80 ans (témoignage extrait du livre Le sexe après 60 ans, ça s’apprend !)

5. Des ouvrages de spécialistes pour aller plus loin
📚 Le livre des Dr Candillier et Ribes pour une vie affective et intime épanouie après 60 ans
Les conseils partagés dans cet article sont tirés du livre Le sexe après 60 ans, ça s’apprend !, des Dr Candillier et Ribes, paru aux éditions Solar (2026).
Cet ouvrage est un incontournable si vous souhaitez prendre soin de votre vie intime et affective tout en étant senior, grâce à des témoignages forts, des éclairages et de nombreux exercices pratiques pour entretenir votre désir tout au long de votre vie et prendre soin de votre santé.
🌷 Si vous voulez en savoir plus, lisez mon article Un guide sexo pour une vie intime épanouie après 60 ans et Les 8 piliers d’une vie intime épanouie après 60 ans.

📚 Une sélection de livres pour comprendre le processus de deuil

Mon journal de deuil est un carnet à remplir si vous êtes confronté·e au deuil. Il vous accompagne tout en douceur dans votre cheminement afin de vivre votre deuil à votre rythme et d’accueillir toute la palette d’émotions qui émergent pendant cette période délicate.
Sarah Dumont est une journaliste spécialisée sur les sujets de la mort et du deuil, ainsi que la fondatrice de Happy End, média engagé autour de ces thèmes.
Page après page, vous pourrez déposer dans ce carnet toutes vos émotions pour vous permettre de les nommer et de les apprivoiser. L’auteure transmet également des exercices de sophro-relaxation, pour vous aider à trouver l’apaisement.
Mon journal de deuil, Sarah Dumont (Leduc, 2023)
En complément, je vous recommande la lecture des livres de Elisabeth Kübler-Ross et du Dr Christophe Fauré, tout deux spécialiste de la fin de vie et du deuil :
🌺 Médecin psychiatre, Elisabeth Kübler-Ross a accompagné de nombreuses personnes au seuil de la mort et elle est notamment connue pour avoir identifié les phases par lesquelles toute personne passe lorsqu’elle vit un deuil : le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation.
🌺 Psychiatre et psychothérapeute, Christophe Fauré est spécialisé dans les ruptures de vie (fin de vie, deuil, transition du milieu de vie). Il a créé le programme Une Lumière dans ma Nuit, qui vise à redonner au deuil sa juste place dans notre société.


💜 Trouver du soutien et éviter l’isolement après un veuvage
🤝 Se rapprocher d’associations spécialisées
Si vous êtes confronté·e à la perte de votre conjoint·e et que vous vous sentez seul·e, sachez qu’il n’y a pas de fatalité. Vous pouvez vous rapprocher d’associations telles que :
✨ Dialogue et Solidarité, qui propose des groupes de parole pour permettre aux personnes endeuillées par la perte de leur conjoint·e ou de la personne aidée de bénéficier d’un espace d’écoute bienveillant au sein duquel elles rencontrent d’autres personnes dans la même situation. Ces groupes, bien qu’ils n’aient pas de vocation thérapeutique, aident à franchir les étapes du deuil et contribuent à rompre l’isolement.
✨ Association française des jeunes veufs et veuves, qui accompagne les jeunes veufs, veuves, leurs enfants ainsi que leurs proches.
✨ Fédération JALMALV, qui assure l’accompagnement, l’écoute et le soutien des personnes en fin de vie et de leur famille.
👩⚕️ Consulter un·e professionnel·le de santé
Un·e psychothérapeute peut également vous aider à traverser cette période délicate, n’hésitez donc pas à consulter pour trouver du soutien auprès d’un·e professionnel·le de santé avec qui vous pourrez aborder en toute confiance les difficultés que vous traversez.
🌺 Enfin, consultez le site Always Valentine, la plateforme dédiée à la vie amoureuse et intime des seniors.
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