97 % des Français et des Françaises déclarent passer trop de temps devant les écrans, selon une enquête sur les addictions aux écrans, menée pour RTL par le centre de recherche de l’Institut Rafaël en partenariat avec l’observatoire santé PRO BTP.
Si vous aussi, vous avez l’impression de perdre le contrôle face aux écrans qui ont envahi votre quotidien, rassurez-vous : il existe des solutions pour réussir à déconnecter !
Sarah Limorté est professeur de yoga et engagée depuis cinq ans en tant qu’animatrice et formatrice au sein de l’association Lève les yeux, pour la reconquête de l’attention. Elle nous parle des actions préconisées par ce collectif pour nous déconditionner en douceur et prendre de nouvelles habitudes face aux écrans.
Rencontre avec cette femme engagée qui participe à l’émergence d’une société moins connectée, plus consciente des enjeux actuels, et où le lien avec celles et ceux qui nous entourent prime sur la réalité virtuelle.
Sarah, quels conseils simples pouvez-vous donner aux personnes qui souhaitent réduire leur temps d’exposition aux écrans ?
Au sein des ateliers que nous animons avec Lève les yeux, nous proposons une approche en deux temps : prendre conscience de la place qu’occupent les écrans dans notre vie et trouver des solutions pour aider les personnes à réduire leur temps d’écran.
🌺 Premier temps : prendre conscience de la place qu’occupent les écrans dans notre vie
Si vous êtes du genre à retourner de façon frénétique sur votre téléphone pour consulter une application, c’est qu’il y a quelque chose qui vous dépasse, qui provient des techniques qui ont été mises en place par l’interface que vous utilisez. Chimiquement, cela génère l’hormone de la dopamine dans tout votre corps.
La plupart des personnes ignorent à quel point leur téléphone est devenu une extension, un prolongement d’elles-mêmes. Dans un premier temps, il y a donc un travail de conscientisation à faire, qui est à la base du changement.
Au niveau national, la moyenne de temps d’écran est de 10 heures par jour, tout âge confondu. C’est énorme ! Et entre 14 et 17 ans, elle passe à 13 heures par jour. Sachant que le temps passé éveillé·e est de 16 heures environ, cela signifie que nous passons plus de la moitié de notre temps devant un écran…
Donc en prendre conscience, c’est la première étape, car du moment que vous vous en rendez compte, cela change le rapport que vous avez avec votre téléphone. Vous devenez alors plus conscient·e de ce qui se joue.

🌺 Deuxième temps : trouver des solutions pour réduire notre temps d’écran
Notre cerveau est une machine à habitudes. À partir du moment où l’on utilise un téléphone dans tous les moments de latence (par exemple, en attendant le bus, quand on s’ennuie…), alors ce geste devient rapidement une habitude.
Pour supprimer cet automatisme, il faut prendre le temps de nous reconditionner. Au début, c’est difficile et ça prend toujours un moment pour se réhabituer à faire autrement. C’est une temporalité à prendre en considération parce qu’on peut vite avoir envie d’abandonner.
Pour réduire notre temps d’écran, nous pouvons par exemple choisir de désactiver les notifications et/ou de désinstaller des applications, notamment les plus addictives.
Quand on reçoit une notification, ce n’est pas nous qui décidons d’aller consulter notre téléphone, c’est lui qui sonne et notre cerveau est alors directement appelé à recevoir son petit « shoot » de dopamine.
Nous préconisons également de mettre en place des temps sans écrans, pour nous réhabituer progressivement à vivre pleinement des moments de déconnexion, ou dit autrement des moments de véritable (re)connection au monde autour de nous ainsi qu’à nous-mêmes. Je vous reparlerai plus en détail des 4 pas que nous proposons pour initier ce processus de reconquête de notre attention.
La plupart des personnes ignorent à quel point leur téléphone est devenu une extension, un prolongement d’elles-mêmes. Dans un premier temps, il y a donc un travail de conscientisation à faire, qui est à la base du changement.
🥺 La baisse de l’empathie due à la surexposition aux écrans
Sherry Turkle, chercheuse américaine du MIT, a beaucoup documenté ce sujet. Dans son livre passionnant Les Yeux dans les yeux, paru dans la collection « Domaine du possible » chez Actes Sud (2020), elle fait le constat suivant : « De plus en plus de travaux indiquent que la connexion permanente diminue notre capacité d’empathie. L’étude la plus alarmante à mes yeux est celle qui a mesuré celle-ci chez les étudiants à l’aide de tests psychologiques standard et révélé une baisse de 40 % en vingt ans, imputable selon les auteurs à une diminution des échanges verbaux directs. »
Et elle ajoute : « Nos technologies nous réduisent au silence. D’une certaine manière, elles nous confisquent la parole. Ces silences – qui s’installent souvent en présence de nos enfants – ont provoqué une crise de la faculté d’empathie qui appauvrit aussi bien notre vie familiale et notre vie professionnelle que notre vie publique. Comme je l’ai dit plus tôt, le remède à tout cela est une cure de parole, tout simplement. Ce livre est mon plaidoyer pour la reconquête de cette activité humaine essentielle qu’est la conversation. »
Plus les enfants sont exposés tôt aux écrans, plus ça abîme leur capacité à développer leur sens de l’empathie. Pour deux raisons, notamment : l’interface d’un écran est très « isolante » et il est désormais connu que les contenus proposés aux enfants sous formes d’animés sont extrêmement saillants et « happent » leur attention (contenu violent, qui bouge, saturé de couleurs vives, etc.).
🌻 Pour voir d’autres extraits de ce livre, cliquez ici.

Votre démarche n’est pas de diaboliser les écrans, mais d’aider à les utiliser de façon consciente et équilibrée, c’est bien ça ?
« Quand c’est gratuit, c’est toi le produit ! »
Ce qui est problématique, ce n’est pas l’écran comme objet, mais tout le modèle économique qui se cache derrière, dans la conception des interfaces et des applications. Il est très difficile de « réguler » notre usage de façon consciente et équilibrée lorsque nous utilisons des applications qui ont été conçues pour attirer et conserver notre attention le plus longtemps possible, en vue de générer du profit.
Nous ne pouvons que constater la relation addictive qui nous lie malgré nous avec l’objet « smartphone », à tout âge. Les applications de réseaux sociaux comme les plateformes de jeux en ligne, qui proposent un accès gratuit, se rémunèrent grâce au temps que nous y passons.
Pour résumer simplement : « Quand c’est gratuit, c’est toi le produit ! »
Notre attention est devenue un véritable « or gris » très lucratif pour de grands groupes qui la monnayent auprès d’entreprises publicitaires. Le temps que nous passons à scroller, cliquer, partager, voir et revoir, leur permet de récolter un grand nombre de données très fines sur nos préférences, notre personnalité, et de définir notre « profil consommateur ». Du pain béni pour les publicitaires qui peuvent définir leurs cibles avec une grande précision et s’assurer d’un impact maximal de leurs campagnes marketing.



L’apogée de la « captologie »
Pour nous encourager à passer le plus de temps possible connectés, une science a vu le jour : la « captologie », développée avec l’aide des neurosciences, qui détermine la façon de capter notre attention et de la conserver à l’aide de différentes techniques qui se basent sur nos fonctionnements physiologiques et psychologiques, souvent inconscients.
Les contenus « sur-mesure » nous donnent envie de cliquer sur la vidéo suivante, le « like » nous envoie un shoot de dopamine et active notre système de récompense, le « scroll infini » ou bien encore la lecture aléatoire jouent sur notre tendance à nous « laisser porter » par ce que nous sommes en train de faire plutôt qu’à prendre consciemment la décision d’interrompre une action en cours.
Les notifications, aussi, nous rappellent à l’ordre si nous avons le malheur de nous libérer trop longtemps de l’écran. Combien de fois une notification qui s’avère sans intérêt nous ramène à notre smartphone pour plusieurs minutes, voire dizaines de minutes, avant même qu’on s’en rendre compte ?
Et ce ne sont que quelques exemples parmi toutes les techniques qui nous font revenir à nos écrans, parfois de façon compulsive, et à y passer toujours plus de temps.
C’est pour toutes ces raisons que notre approche se veut déculpabilisante : il est très difficile de lutter contre ces techniques hautement addictives. Quand j’anime des ateliers à destination des parents, je commence toujours par rappeler que nous sommes pris collectivement dans un système et que ce n’est pas notre faute ni une question de volonté.
Le meilleur moyen est de nous désengager le plus possible de nos écrans, si possible de nous défaire des applications les plus addictives, de désactiver toutes les notifications, mais aussi de nous ménager des temps sans écran.
🌻 Retrouvez sur Educ’Arte plusieurs vidéos qui expliquent comment les applis sont conçues pour rendre complètement addict en activant dans notre cerveau la molécule responsable du plaisir, de la motivation et de l’addiction… la dopamine : cliquez ici !
Notre attention est devenue un véritable « or gris » très lucratif pour de grandes entreprises qui la monnayent auprès d’entreprises publicitaires. Du pain béni pour les publicitaires qui peuvent définir leurs cibles avec une grande précision et s’assurer un impact maximal de leurs campagnes marketing.
Pouvez-vous m’en dire plus sur les « 4 pas » que vous avez mis en place avec le collectif CoSE ?
Notre cerveau étant une « machine à habitudes », il faut y aller pas à pas. C’est dans cette perspective que nous avons développé, avec le CoSE (collectif informel de réflexion, d’analyse et de sensibilisation autour des effets de la surexposition aux écrans), les « 4 pas » : pas d’écrans le matin avant d’aller à l’école ou au travail, pas d’écrans pendant les repas, pas d’écrans le soir avant de dormir, pas d’écrans dans la chambre.
🌺 Premier pas : pas d’écrans le matin
Pas d’écran le matin pour les enfants avant d’aller à l’école ni d’écran pour nous, les adultes. Moi, par exemple, j’essaye de ne pas allumer mon écran avant d’avoir terminé le petit-déjeuner.
La démarche est de garder pleinement notre attention à nous-mêmes, à ce que nous faisons et à ce qu’il y a autour de nous, avant d’être happés par ce qui se passe à l’extérieur.
🌺 Deuxième pas : pas d’écrans pendant les repas
Beaucoup de familles ont fait le choix du zéro écran à table pour que chacun·e puisse être pleinement présent·e pendant ce moment partagé.
Le temps du repas, qu’on soit seul ou à plusieurs, est important à vivre dans le moment présent, pour être conscient·e du fait que l’on est en train de se nourrir. Notre téléphone est un peu à l’antipode de la pleine conscience !
🌺 Troisième pas : pas d’écrans avant de dormir
Plusieurs études l’ont prouvé : l’utilisation excessive des écrans a un énorme impact sur le sommeil, notamment chez les jeunes. Et le déficit de sommeil a de nombreuses répercussions sur notre état émotionnel, cognitif et sur notre capacité à nous concentrer, à mémoriser et à apprendre.
Pour bénéficier d’un sommeil vraiment réparateur, il est donc conseillé de ne plus consulter d’écrans au moins une heure avant de dormir, car cela permet à la mélatonine de se libérer.
🌺 Quatrième pas : pas d’écrans dans votre chambre
Le fait d’avoir un écran à portée de main ou de votre vue déclenche le geste de le consulter. Si votre téléphone n’est pas à côté de votre lit mais dans le salon, il sera plus facile de prendre un livre avant de vous coucher, plutôt que de consulter votre téléphone.
De la même manière, le matin, si je ne veux pas utiliser mon écran avant d’avoir pris mon café, il vaut mieux que mon téléphone ne soit pas sur ma table de nuit. Sinon, je vais l’allumer ! Cela encourage à revenir aux vieux outils : par exemple un petit réveil matin ou une montre analogique.
Si vous arrivez à mettre en place ces quatre pas, c’est déjà un grand pas ! Vous ressentirez plus d’espace grâce à cette déconnexion. Puis, une fois ces bonnes habitudes prises, le but est de continuer à privilégier des plages de déconnexion.
Ça peut être une journée entière où vous laissez votre téléphone, pour partir en randonnée par exemple. Vous pouvez aussi mettre votre téléphone en mode avion le temps d’un week-end, si vous savez qu’il n’y aura pas d’urgence. En faisant ça, vous vous libérez de la peur de ne plus être joignable, de « manquer ».
Si vous arrivez à mettre en place ces quatre pas, c’est déjà un grand pas ! Vous ressentirez plus d’espace grâce à cette déconnexion. Puis, une fois ces bonnes habitudes prises, le but est de continuer à privilégier des plages de déconnexion.
🔑 La clé essentielle pour mieux vivre la déconnexion en famille
Afin de ne pas vivre cette déconnexion comme une interdiction ni un manque, la clé est de remplacer les moments d’écran par une autre activité.
Par exemple, vous pouvez proposer à vos enfants de réaliser une grande fresque collective, au lieu de passer l’après-midi devant des dessins animés.
Nous donnons toujours ce conseil aux parents : ne pas interdire pour interdire, ce qui risque de créer un vide et une frustration, mais plutôt proposer autre chose à faire ensemble, dans un moment d’activité partagée, ce qui va créer une motivation positive chez les enfants.

Vous êtes pleinement mobilisé·e·s à Lève les yeux concernant les fake news : quels conseils vous donnez pour s’en protéger ?
Oui, nous travaillons beaucoup sur ce sujet, notamment avec les ados, parce qu’il y a une recrudescence de fake news très convaincantes sur les réseaux.
Souvent, la réaction des jeunes face aux fake news est teintée de complotisme, avec l’idée que de toute façon, tout le monde ment. Donc il y a une sorte de fatalité qui s’instaure. C’est comme si tout était au même niveau et que chacun choisissait qui il veut croire.
Nous leur rappelons qu’il est essentiel de vérifier les sources, de savoir d’où vient une information et de croiser ces sources pour avoir différents points de vue. Nous leur rappelons aussi qu’il existe des organismes de presse qui rémunèrent des journalistes pour leur travail d’investigation.
Même si les grands journaux appartiennent à des groupes économiques qui ont tendance à traiter l’information en fonction de leurs intérêts, il y a aussi des journaux indépendants. C’est important de les connaître et d’apprendre à faire la part des choses.
À une époque où nous sommes sursollicité·e·s, avec des morceaux d’informations souvent sorties de leur contexte et relayées par posts interposés à grand renfort d’émotions, c’est très important pour les jeunes d’aiguiser leur esprit critique et leur discernement.
À une époque où nous sommes sursollicité·e·s, avec des morceaux d’informations souvent sorties de leur contexte et relayées par posts interposés à grand renfort d’émotions, c’est très important pour les jeunes d’aiguiser leur esprit critique et leur discernement.
🙈 Un exemple de Fake New sur le Black Friday
En 2013, un article est paru sur le site Culturebene, faisant le lien entre le terme « Black Friday » et l’histoire de l’esclavage. Le « Black Friday » était présenté comme le jour où les esclaves étaient vendus sur le marché.
Immédiatement, il y a eu une levée de boucliers et de nombreuses personnes sont descendues dans la rue pour manifester contre l’appellation « Black Friday », qui avait des relents de la cruauté de cette époque.
Cet article a été relayé pas moins de 420 000 fois sur Internet et sur les réseaux sociaux… alors qu’il s’agissait d’une fake new !
En fait, ce terme est apparu en 1869 et n’a rien à voir avec l’esclavage, puisqu’il fait référence à un krach boursier qui a eu lieu à New York à cette époque.
Nous donnons souvent cet exemple aux jeunes pour leur montrer l’impact qu’une fausse information peut avoir sur les personnes qui la lisent.
🌻 Pour voir le décryptage de cette fake new, c’est par ici !

Pouvez-vous me parler du Défi Deconnexion que vous organisez chaque année à Marseille ?
Oui, nous organisons chaque année le Défi Déconnexion, qui s’étend sur dix jours. Nous travaillons avec des écoles et des centres sociaux présents dans plusieurs quartiers de Marseille.
Le principe est simple : pendant dix jours, le défi consiste à passer le moins de temps possible sur les écrans et tout le monde participe, que ce soient les enfants, les éducateurs et éducatrices, les parents…
Le but est de remplacer le temps passé sur les écrans par d’autres activités : activités partagées, artistiques, création, ou même… des plages d’ennui ! Car s’ennuyer participe au développement de la créativité.
Grâce à ce défi, nous nous sommes rendu compte que le fait de nous mobiliser ensemble pour essayer de remplacer nos habitudes – de façon répétée plusieurs jours d’affilée – peut déclencher de nouvelles habitudes et donner envie de s’ouvrir à d’autres choses.
Certaines familles ont, par exemple, décoré une boîte à chaussures pour ranger tous les téléphones et écrans à l’heure des repas. Certains enfants nous ont raconté que de réapprendre à vivre ces moments sans écrans était un peu « bizarre », car ils n’avaient pas l’habitude de parler. Mais d’autres se sont réjouis d’avoir pu raconter leur journée à l’école à des parents attentifs.
Les établissements scolaires mettent aussi « la main à la pâte » pour réaliser ce défi : littéralement, une école élémentaire en a profité pour lancer un défi pâtisserie. Les enfants cuisinaient à la maison et ramenaient leurs créations culinaires à l’école le lendemain. Cela a favorisé les échanges, les partages et nourri les liens avec tout leur entourage.
Ce Défi Déconnexion permet aux personnes qui participent de se reconnecter à elles-mêmes et à leurs proches, et de goûter à ces moments sans écrans, et au fait que c’est possible de changer nos habitudes.
📲 💻 Lève les yeux, l’association engagée pour encadrer l’utilisation des écrans
🌻 2018 : naissance de Lève les yeux dans un but de reconquête de l’attention.
Cette année-là, un groupe d’amis prend conscience que dans la rue, dans les transports en commun et dans les lieux publics, de plus en plus de personnes ont les yeux rivés sur leur téléphone portable : les smartphones semblent aspirer complètement l’attention des personnes dans des moments potentiels de sociabilité. Ils décident alors de créer l’association Lève les yeux pour lutter contre l’omniprésence des écrans au quotidien.
🌻 L’association a plusieurs antennes, notamment à Marseille et à Paris, et des équipes de sensibilisation situées dans d’autres villes en France. Elle s’est développée autour de trois grands axes.
🍀 Les actions de sensibilisation
Nous animons des ateliers de sensibilisation auprès des jeunes publics, de la maternelle au lycée. Nous proposons également des ateliers, conférences et des formations destinés aux parents, éducateurs, éducatrices et professionnel·le·s.
🍀 Le plaidoyer
Nous réalisons un travail de plaidoyer auprès des pouvoirs publics et du monde politique, notamment en partenariat avec le collectif Attention, qui regroupe plusieurs associations.
Le collectif a notamment participé aux discussions de la Commission Écrans qui a été mise en place par le gouvernement en 2025
🌻 Retrouvez les conclusions de la Commission Écrans en cliquant sur ce lien.
🍀 Les travaux de recherche et les publications
Au sein de l’association, nous contribuons aussi à la transmission du savoir et à la recherche scientifique autour des effets de la surexposition aux écrans.
🌟 Yves-Marry, co-fondateur et délégué général de Lève les yeux, a publié deux livres : La Guerre de l’attention, co-écrit avec Florent Souillot (L’Echappée, 2022), et Numérique (Rue de l’échiquier, 2024).
🌟 Victor Fersing, quant à lui, travaille sur l’intelligence artificielle et a un blog, La Fabrique sociale, ainsi qu’une chaîne YouTube. Il est aussi le co-auteur, avec Alexandre Dana, de La chaise tue (Eyrolles, 2025).
🌻 Cliquez ici pour accéder à sa chaîne YouTube.
Vous participez également à la promotion de la lecture, est-ce que vous pouvez m’en dire plus à ce sujet ?
Nous sommes à l’origine du projet « Plus de livres, moins d’écrans », en partenariat avec le Centre National du Livre. Nous proposons et animons des ateliers, en trois temps, dans les centres sociaux.
🌺 Premier temps : la sensibilisation
Nous sensibilisons les enfants sur l’usage qu’ils font des écrans, afin qu’ils puissent prendre conscience de la place qu’ils ont dans leur vie et comment ils viennent empiéter de façon insidieuse sur leur journée. Pour cette sensibilisation, nous utilisons beaucoup Le jeu Deconnexio (voir plus bas).
🌺 Deuxième temps : la captologie
La captologie consiste à comprendre pourquoi nous sommes accros aux écrans et quelles solutions nous pourrions mettre en place pour nous en émanciper.
Comment pouvons-nous remplacer ces temps d’écran par quelque chose de bénéfique ? Par exemple, la lecture est beaucoup plus vertueuse que l’utilisation d’un écran. Elle permet de développer de nombreuses compétences indispensables : apprentissage du vocabulaire, de la grammaire, capacité de création, d’imagination, développement de l’empathie…
🌺 Troisième temps : la venue d’un·e auteur·e jeunesse
Un·e auteur·e jeunesse vient ensuite travailler avec les enfants. Il ou elle leur montre un livre qu’il ou elle a créé, qui sera offert à chaque enfant, puis il ou elle anime un atelier d’écriture ou de lecture, pour valoriser l’objet-livre auprès de ce jeune public.

Est-ce que vous constatez une prise de conscience générale sur les effets nocifs d’une surexposition aux écrans et une volonté de changement ?
C’est en bonne voie, mais je ne pense pas que nous soyons encore au moment pivot où il y aura plus de personnes conscientes des dégâts et dommages collatéraux d’une surexposition aux écrans – et qui vont s’en protéger -, que de personnes qui pensent encore que c’est quand même vraiment très pratique et plaisant.
Le processus est très lent, mais heureusement, ce qui est défendu par les entreprises du numérique prend de moins en moins le pas sur les résultats de recherche scientifique. C’est déjà une victoire !
Au sein de Lève les yeux, nous soutenons pleinement l’interdiction des réseaux sociaux jusqu’à 15 ans, même si bien sûr on peut discuter de la faisabilité de cette mesure. Cette décision prouve qu’il y a une prise de conscience globale et une réelle volonté de réguler.
Après, au niveau individuel, c’est encore compliqué. Nous faisons souvent le parallèle avec l’industrie du tabac aux Etats-Unis dans les années 50-60. A l’époque, des médecins qui fumaient disaient que c’était très bon pour la santé ! Ensuite, il y a eu un point de bascule, lorsque les résultats de recherche scientifique sur l’effet du tabac sur la santé ont été connus. Cela a enfin pris le dessus sur « l’information » publicitaire.
Je pense que nous vivons un moment où les résultats sans appel des recherches scientifiques commencent à être connus par le plus grand nombre. Nous arrivons, avec les écrans, à ce moment de bascule.
Mais cela va prendre du temps et être très progressif avant que ça se répercute dans les habitudes quotidiennes.
Ce qui est défendu par les entreprises du numérique prend de moins en moins le pas sur les résultats de recherche scientifique. C’est déjà une victoire !
⚖️ Des actions en justice sans précédent
🌟 Aux États-Unis, Meta (Facebook, Instagram…) a été attaqué par 45 États. L’un des chefs d’accusation : l’entreprise est consciente que sa technique est hautement addictive et sa finalité est de faire passer le plus de temps, notamment aux enfants et aux ados, sur ses réseaux pour récolter leurs données.
🌟 En France, TikTok a été attaqué par un collectif de familles pour non-assistance à personne en danger et incitation au suicide. Les algorithmes de cette plateforme ont un « effet terrier » reconnu, avec un contenu proposé en boucle sur des thèmes similaires à ce qui est consulté par la personne qui scrolle.
Nous sommes donc rassurés que ces sujets commencent à prendre de la place dans le discours public, même s’il reste encore de grandes contradictions. Par exemple, il y a encore beaucoup d’écrans dans les écoles, ce qui est une aberration.
Les « tablettes éducatives » pour les tout petits continuent à être commercialisées alors que nous savons que la surexposition aux écrans dans les premières années de vie peut avoir des effets dévastateurs sur le développement de l’enfant, notamment sur l’apprentissage du langage.
L’OMS recommande le « zéro écran » avant l’âge de 3 ans, une préconisation qui est reprise dans les carnets de santé depuis janvier 2025. Le collectif Attention, comme d’autres structures soucieuses de protéger les enfants le plus longtemps possible, souhaite repousser cette limite à l’âge de 5 ans.
Et pour finir, vous souhaitez partager avec nous un message d’espoir ?
Oui, j’aimerais souligner que nous avons la chance d’avoir une très grande plasticité neuronale. Comme je le disais plus haut, notre cerveau est une machine à habitudes. Si nous sollicitons à nouveau certaines connexions neuronales spécifiques, nous pouvons retrouver du plaisir à lire, à être à l’extérieur, à nous retrouver ensemble, à marcher dans la nature…
Rien n’est irrémédiable, il faut juste nous réhabituer à faire autrement. Un peu comme une personne qui va à la salle tous les jours pour commencer à se muscler. Ca va se faire petit à petit, un effort après l’autre…
Donc ça, je pense qu’il y a un horizon positif et que tout est possible !
Nous avons la chance d’avoir une très grande plasticité neuronale. Notre cerveau est une machine à habitudes. Si nous sollicitons à nouveau certaines connexions neuronales spécifiques, nous pouvons retrouver du plaisir à lire, à être à l’extérieur, à nous retrouver ensemble, à marcher dans la nature…
🌷 Des ressources pour aller plus loin
🃏 Le jeu Deconnexio (éditions de l’Eclap)
Nous avons développé Deconnexio, un outil pédagogique : ce jeu coopératif, sur le principe du Memory, invite à remplacer les écrans par des moments de créativité et de partage, pour une vie plus saine et connectée à l’essentiel.
Il propose une façon ludique d’aborder des situations de notre quotidien dans lesquelles les écrans ont pris toute la place. Lorsqu’on tire une carte, il y a toujours deux situations : la situation en présence d’un écran et la même situation sans écran (un repas de famille, un match de foot, un moment convivial entre amis…).
Nous utilisons notamment Deconnexio lors des ateliers que nous animons en milieu scolaire ou des ateliers parents-enfants dans des centres sociaux.
Visuels du Jeu Deconnexio, publié aux éditions de L’Eclap



Quelques lectures recommandées par Lève les yeux



💜 Pour aller plus loin
🌻 Vous voulez en savoir plus sur les actions de Lève les yeux ? Rendez-vous sur le site de cette association engagée contre l’addiction aux écrans en cliquant sur son site.
🌻 Si vous souhaitez soutenir l’association grâce à un don, c’est par ici !
🌻 Et pour consulter le site de Sarah Limorté, cliquez sur ce lien.
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