Connaissez-vous la Thérapie par le Jeu de sable ? Très répandue chez la plupart de nos voisins européens, au Japon et à travers le monde, cette technique est encore peu connue en France. Pourtant, à l’heure où de plus en plus de personnes souffrent de troubles anxieux et où notre santé mentale se dégrade, elle est d’un grand soutien dans l’expression de nos maux intimes.
La Thérapie par le Jeu de sable s’adresse aussi bien aux enfants, qu’aux adolescent·e·s et aux adultes. Au moyen de figurines et d’objets disposés dans un bac avec du sable, elle nous relie à notre inconscient et apporte un véritable soulagement psychique. Elle aide à nous libérer de nos blocages les plus profonds et à dépasser les traumatismes qui nous empêchent parfois d’avancer.
Pionnier de cette thérapie en France et fondateur de l’Institut du Jeu de sable, Matthieu Mares lève le voile sur cette pratique à la fois douce et puissante.
Matthieu, tu es psychothérapeute spécialisé dans la Thérapie par le Jeu de sable, une technique qui est encore peu connue en France. Peux-tu me dire en quoi elle consiste ?
Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, ce n’est pas un simple jeu, mais une méthode de psychothérapie qui utilise le jeu comme un moyen d’accès à l’inconscient. Elle fait notamment appel à l’imaginaire, aux sensations, à l’improvisation et à la spontanéité.
Il s’agit d’un jeu au sens de « l’élaboration » : retrouver cette capacité naturelle que les enfants ont à jouer, car c’est à travers le jeu qu’ils réfléchissent et donnent du sens à leur expérience.
En grandissant, nous perdons malheureusement peu à peu ce lien avec le jeu spontané, cette aptitude naturelle à jouer et à penser de manière libre.
Le Jeu de sable vise donc à réactiver cette fonction essentielle : la réflexion, l’élaboration intérieure et le dialogue avec soi-même, par le biais d’un jeu libre improvisé.
Pour cela, le dispositif comprend un bac rempli de sable et une grande variété d’objets miniatures et de figurines hétéroclites, représentant des animaux, des plantes, des minéraux, des humains, des symboles, etc.
Grâce à ces objets, la personne va pouvoir jouer, créer et s’exprimer librement dans le bac à sable. Et c’est à partir de cette expression que le travail thérapeutique pourra alors commencer.
Et quand la personne fait un bac, est-ce qu’il y a un sujet précis ou ça peut être complètement ouvert ?
Au début, tout est entièrement ouvert. J’accueille la personne là où elle en est dans sa vie. Cette posture d’exploration me permet de la comprendre en profondeur et d’accéder à son inconscient en toute authenticité.
Lors des premières séances, je privilégie la spontanéité, l’improvisation et l’expression libre.
Puis, progressivement, au fur et à mesure des séances, j’introduis une forme de guidance par des questions, des hypothèses de travail, etc. Je propose une direction, comme le ferait naturellement un·e thérapeute en séance, pour aider la personne à mieux se connaître et à trouver sa propre voie.
📚 Le parcours de Matthieu Mares
📙 2010-2020 : art-thérapeute, Matthieu Mares intervient dans de nombreuses institutions psychiatriques, psychosociales et psychopédagogiques.
📙 Depuis 2015 : psychothérapeute d’orientation jungienne, il propose des consultations de psychothérapie analytique et de Jeu de sable auprès d’enfants, d’adolescent·e·s et d’adultes.
📙 Depuis 2020 : fondateur de l’Institut du Jeu de sable et de la Société Française du Jeu de sable, Matthieu est également le président de l’Association Marie-Louise von Franz & Carl Gustav Jung.
📙 Depuis 2021 : formateur au sein de l’Institut Cassiopée, centre de formation spécialisé dans la thérapie holistique.
Est-ce que des personnes te consultent uniquement pour le Jeu de sable, ou c’est toi qui proposes cette technique à tes patient·e·s ?
Il existe une grande variété de profils. Le Jeu de sable étant encore peu connu en France, rares sont celles et ceux qui viennent me voir spécifiquement pour cette approche.
Cependant, certaines personnes la connaissent déjà et sont spontanément attirées par cette méthode. Il peut s’agir de personnes qui n’ont jamais entrepris de thérapie et qui redoutent de devoir verbaliser leur vécu. Elles ressentent intuitivement que ce médium, fondé sur la créativité et les symboles, leur permettra de s’exprimer plus librement.




Il peut s’agir également de personnes ayant un long parcours thérapeutique, mais qui ressentent le besoin de sortir du mental et de la sur-intellectualisation que peuvent induire parfois certaines approches verbales.
Elles cherchent à dépasser leurs résistances ou leurs blocages en renouant avec leur bon sens, leur inconscient, leur âme.
Est-ce que tu proposes le Jeu de sable à toutes les personnes que tu suis en psychothérapie ?
La plupart des personnes me consultent pour une psychothérapie classique. Et au fil du travail, il m’arrive de leur proposer un processus de Jeu de sable, lorsque je ressens que cela peut leur être bénéfique à ce moment précis de leur cheminement.
Dès la première séance, je leur présente les différents outils thérapeutiques que j’utilise, et parfois, ce sont elles qui expriment le désir d’expérimenter le Jeu de sable.
Beaucoup d’enfants viennent également me voir, justement parce que je propose cette approche. Mon nom circule entre parents, notamment à la sortie de l’école. Il arrive que certains enfants aient été en difficulté face à un ou une thérapeute qui privilégie le dialogue verbal, alors ils veulent essayer avec cette méthode originale.
Pour l’anecdote, il m’est même arrivé qu’une fillette conseille à l’une de ses camarades de classe de venir me voir après une grosse crise de larmes que cette dernière avait vécue dans la cour de récréation, en lui disant : “Tu devrais prendre rendez-vous avec mon thérapeute, il s’appelle Matthieu Mares !”
Le Jeu de sable est particulièrement adapté aux enfants, car il correspond à leur langage qui est essentiellement symbolique, autrement dit irrationnel. Ils s’expriment naturellement par l’imaginaire, les métaphores, les images, bien plus que par les mots, qui sont rationnels.
Le Jeu de sable est particulièrement adapté aux enfants, car il correspond à leur langage. Ils s’expriment naturellement par l’imaginaire, les métaphores, les images, bien plus que par les mots, qui sont rationnels.
📝 Les origines du Jeu de sable
🖌️ À la fin des années 1920, la pédiatre britannique Margaret Lowenfeld met au point le Jeu du monde, une technique de psychothérapie destinée aux enfants.
🖌️ Dans les années 1950, Dora Kalff, première psychothérapeute d’enfants formée à l’Institut Carl Gustav Jung en Suisse, découvre cette méthode. Intéressée par son potentiel, elle part à Londres se former directement auprès de Margaret Lowenfeld.
🖌️ Le Jeu du monde est une méthode athéorique, c’est-à-dire qu’elle n’est rattachée à aucune école de pensée particulière. Tout thérapeute, quelle que soit son orientation, peut donc l’adapter à sa propre pratique. C’est ce que Dora Kalff a fait : elle a intégré cette technique aux concepts de la psychologie jungienne. C’est ainsi que le Jeu du monde est devenu le Jeu de sable.
🖌️ Le Jeu de sable désigne donc l’utilisation d’un bac à sable et d’une collection de figurines variées, dans une approche jungienne.
🖌️ À l’origine, cette technique a été conçue pour accompagner les enfants et les adolescents. Avec le temps, elle s’est élargie à d’autres publics et s’applique aujourd’hui également aux adultes, aux couples et aux familles. Beaucoup d’adultes sont en quête d’un mode d’introspection qui ne passe pas uniquement par le mental ou le verbal. Le Jeu de sable leur offre une voie d’exploration plus intuitive, sensorielle et symbolique.
Il s’agit donc de mettre des figurines dans un bac où se trouve du sable. C’est alors un peu comme un miroir de notre état émotionnel inconscient ?
En séance, la première étape, essentielle, consiste à établir un dialogue avec le sable.
Le sable est la matière première du processus. Le simple fait d’entrer en contact avec lui met la personne en mouvement, physiquement, émotionnellement et psychiquement.
Dès que le corps s’active, que ce soit par le geste des mains, le mouvement du buste et des bras ou la circulation autour du bac, l’activité cérébrale se déplace du néocortex vers le cerveau limbique, centre des émotions. Ce phénomène, observé en neurosciences, montre que le mouvement corporel favorise l’accès à des zones plus profondes de la psyché.
À l’inverse, lorsqu’on reste immobile, assis dans une posture statique, c’est surtout le néocortex, le siège des pensées et du raisonnement logique, qui est sollicité.

Ce dialogue sensoriel avec le sable permet à la personne de lâcher prise, d’accéder plus facilement à sa mémoire émotionnelle, et d’entrer dans un autre état de disponibilité psychique.
Ce qui émerge ensuite dans le bac est souvent une improvisation porteuse de sens. Elle peut refléter l’état intérieur du moment, des préoccupations actuelles, des souvenirs anciens, des blocages, voire des traumatismes enfouis.
Je compare souvent le Jeu de sable au rêve : notre inconscient ne nous envoie pas les rêves que nous voulons, mais ceux dont nous avons besoin. Il en va de même avec le Jeu de sable : ce qui se manifeste dans le bac n’est pas dicté par la volonté consciente, mais par une nécessité intérieure. On pourrait parler d’une forme de rêve éveillé, qui nous traverse et nous guide.
Les adultes sont souvent surpris, car ce qu’ils avaient imaginé créer avant de commencer ne correspond pas du tout à ce qui émerge au final.
Dès qu’ils entrent dans la pièce, ils sont attirés par certains objets ou symboles, mais une fois les mains plongées dans le sable, quelque chose d’autre prend le relais.
Dora Kalff dirait que c’est l’archétype du Soi. Une forme d’élan spontané qui les oriente vers des figurines inattendues. Il y a, à ce moment-là, comme une « magie » qui opère.
Mon rôle, en tant que psychothérapeute, est de soutenir cette connexion intime entre la personne et son monde intérieur, et de favoriser l’émergence de ce qui cherche à se dire autrement que par les mots.
Mon rôle, en tant que psychothérapeute, est de soutenir cette connexion intime entre la personne et son monde intérieur, et de favoriser l’émergence de ce qui cherche à se dire autrement que par les mots.
Est-ce que tu as noté des symptômes récurrents de la part des personnes qui te consultent ?
Il m’est difficile de répondre précisément à cette question, car chaque personne est unique, singulière. Puis, il y a ce qu’elle formule clairement — la demande explicite — et ce qui se joue en profondeur — la demande implicite.
Cela dit, au fil des années, j’ai observé certaines souffrances récurrentes selon les âges. Et bien souvent, ces souffrances ne sont pas conscientes.
Chez les enfants, notamment, j’ai constaté depuis une dizaine d’années un phénomène préoccupant : de plus en plus d’enfants ne savent plus jouer.
Or, jouer est une disposition naturelle, une fonction essentielle du développement. Le jeu fait partie intégrante de la construction psychique de l’enfant. Comme l’a démontré Donald Wood Winnicott, un enfant qui ne joue pas est un enfant en souffrance.
Beaucoup d’enfants que je reçois sont coupés de cette capacité spontanée à jouer. Et à mes yeux, c’est un signal d’alerte grave.
La surexposition aux écrans y est pour beaucoup. Ce “prêt-à-imaginer” qu’on leur propose dès le plus jeune âge étouffe leur monde intérieur et empêche l’émergence de leur propre imaginaire. La fonction symbolique de la psyché, qui s’élabore en grande partie grâce au jeu, ne peut alors pleinement se développer.
Avec ces enfants, la Thérapie par le Jeu de sable ne peut pas commencer tout de suite. Je commence donc par leur (ré)apprendre à jouer. Et cela, en soi, est déjà profondément thérapeutique.
Ce n’est pas forcément ce que les parents expriment comme demande initiale, mais lorsque j’identifie ce besoin, ma priorité est de réactiver chez l’enfant cette fonction vitale du jeu et de l’imaginaire. Parfois, cela prend du temps (quelques semaines, quelques mois, quelques années), mais c’est une étape essentielle.
C’est pourquoi je suis convaincu que, dans notre société ultra-connectée, la Thérapie par le Jeu de sable a une place précieuse. Elle permet aux enfants de se reconnecter à eux-mêmes, de restaurer leur capacité à jouer, et ainsi, de grandir dans de meilleures conditions psychiques.


Quelques-unes des figurines proposées par Matthieu Mares dans son cabinet
Est-ce qu’il y a certains symboles qui reviennent fréquemment lors des pratiques avec le Jeu de sable ?
Oui, bien sûr. J’ai remarqué que chez les enfants, le symbole du trésor revient très souvent. Chez les adolescent·e·s, c’est plutôt la clef qui apparaît fréquemment. Et chez les adultes, on retrouve souvent des symboles puissants, comme par exemple la licorne.
Le trésor
Lorsqu’on pense à un trésor, la première image qui vient généralement à l’esprit est celle d’un coffre en bois rempli d’or et de pierres précieuses. De nombreuses légendes évoquent un trésor caché au fond d’une caverne, gardé par une créature magique, comme un dragon. D’autres parlent d’un trésor oublié au cœur d’un temple, protégé par une série de pièges ingénieux et redoutables.
Celui qui part à la recherche d’un trésor peut réussir à le trouver, mais seulement après une aventure longue et périlleuse, au cours de laquelle il devra affronter des ennemis ou déjouer chaque piège.
Dans cette perspective, le trésor symbolise les facultés et les potentiels enfouis en nous. Nous pouvons les atteindre à force de courage et d’efforts, en surmontant les obstacles qui se dressent sur notre chemin.
Ces obstacles, bien souvent, représentent d’autres aspects de nous-mêmes à affronter.

La clef
La clef est un symbole riche et universel. Elle sert à ouvrir un accès — une porte, une barrière, une grille ou un portail — ou à déverrouiller un contenant, comme une boîte, un coffre, un tiroir ou une armoire. Elle permet donc de franchir une limite ou de découvrir ce qui est caché à l’intérieur de quelque chose. Mais la clef ne sert pas seulement à ouvrir : elle permet aussi de fermer, offrant ainsi une idée de sécurité, de protection ou d’intimité.
Par extension, la clef symbolise l’accès à un au-delà : à la connaissance, à la vérité, ou à un secret. Des expressions comme « la clef du mystère » ou « la clef des songes » illustrent bien cette idée d’une compréhension précieuse rendue possible par un élément révélateur.

Que ce soit dans le christianisme, la mythologie romaine ou bien encore sur le plan mystique, la clef a une symbolique très forte.
Dans les contes et les légendes, elle est souvent liée à un mystère à élucider, un problème à résoudre ou une action décisive à entreprendre.
Moins évident mais tout aussi réel, la clef est aussi un symbole de pouvoir. Autrefois, après un siège, les vaincus remettaient les clefs de leur ville à l’ennemi, reconnaissant ainsi son autorité.
En résumé, la clef est un symbole puissant : elle représente à la fois l’accès à une connaissance spirituelle, la résolution d’énigmes, et l’exercice d’un pouvoir, qu’il soit divin ou humain.
La licorne
La licorne, unicorne en latin, est une créature féerique dont les origines remontent à la nuit des temps. Certaines légendes décrivent cet animal mythique comme une créature blanche, mêlant les traits du cheval, de l’âne ou du cerf, dotée d’une corne unique, généralement spiralée, semblable à celle du narval, surnommé d’ailleurs la « licorne des mers ».
Avec sa corne, la licorne symbolise à l’origine une puissance phallique, mais aussi plus largement une puissance de guérison. De nombreuses légendes rapportent les vertus médicinales de la licorne, ou plus précisément de sa corne, censée être antidote et remède universel. La licorne incarne donc également la force et la pureté.
L’emplacement de sa corne, au centre du front, n’est pas anodin : il évoque une connexion entre la puissance et l’esprit.

Dès lors, cette puissance ne s’analyse plus seulement dans un sens concret ou physique, mais aussi dans une dimension spirituelle. Comme le troisième œil, la corne devient un symbole d’accès à la connaissance absolue.
C’est pourquoi la licorne représente aussi la manifestation du divin : l’union de l’esprit et de la matière. Cette idée se retrouve dans la culture chinoise, où le mot « licorne », Quilin, signifie yin-yang, suggérant à nouveau la réconciliation des opposés, l’équilibre fondamental.
Quels sont les bienfaits de la Thérapie par le Jeu de sable pour les adultes ?
La plupart des adultes qui viennent me voir souffrent, selon moi, d’une scission avec leur inconscient — qu’ils ou elles l’aient identifié ou pas. La dialectique entre le conscient et l’inconscient est comme suspendue, figée.
Ils et elles sont souvent dans un état de clivage, tout en percevant confusément qu’il existe en eux quelque chose de plus profond, ce qu’ils et elles appellent leur « âme », leur « essence », leur « bon sens », ou encore leur « être profond ».
Ils et elles sont déconnecté·e·s de leur vie intérieure, de leur psyché — ce que, en tant que thérapeutes, nous appelons l’Inconscient.
Notre société occidentale, rationnelle et de plus en plus ultra-connectée, nous coupe toujours plus de nos racines inconscientes. Et à l’âge adulte, cela peut engendrer des déséquilibres psychiques importants, voire des souffrances existentielles profondes.
Beaucoup d’adultes viennent donc en thérapie dans l’espoir — avoué ou inavoué — de réactiver ce lien avec leur inconscient, car sans ce dialogue intérieur, il est difficile d’apaiser les symptômes de fond comme de surface. Toutes nos ressources, nos réponses, nos élans vitaux, se trouvent déjà en nous, dans cette partie cachée de la psyché.
C’est là que le Jeu de sable trouve toute sa pertinence : il peut favoriser la restauration de ce dialogue, souvent silencieux, entre le conscient et l’inconscient. C’est l’un de ses principaux intérêts thérapeutiques, notamment chez les personnes qui ne rêvent pas, ou plus.
Beaucoup disent en effet ne jamais rêver. Or, selon Carl Gustav Jung, cela peut traduire un affaiblissement de la fonction transcendante, cette fonction psychique naturelle qui assure la médiation entre le conscient et l’inconscient.
Le Jeu de sable vient précisément réactiver cette fonction transcendante, en offrant un espace symbolique, sensoriel et non verbal, où le dialogue intérieur peut se remettre en mouvement.
C’est là que le Jeu de sable trouve toute sa pertinence : il peut favoriser la restauration de ce dialogue, souvent silencieux, entre le conscient et l’inconscient. C’est l’un de ses principaux intérêts thérapeutiques, notamment chez les personnes qui ne rêvent pas, ou plus.
Et comment est-ce que tu expliques le fait que le Jeu de sable soit si peu développé en France, à la différence de pays voisins ?
Le Jeu de sable s’est surtout diffusé dans les pays où la pensée jungienne a connu un véritable essor : le monde anglo-saxon, l’Allemagne, l’Italie, la Suisse bien sûr — berceau de la psychologie jungienne —, mais aussi certains pays d’Amérique du Sud ou d’Asie.
En revanche, en France, son développement reste limité. Cela s’explique principalement par la place longtemps marginalisée de Carl Gustav Jung dans le paysage psychanalytique français.
Jusqu’au début des années 2000, Jung était quasiment absent du champ académique. Ses écrits n’étaient pas considérés comme relevant de la psychologie ni de la psychanalyse, et on les trouvait plutôt au rayon ésotérisme ou théologie des librairies. Ce traitement en dit long sur la manière dont sa pensée a été perçue : Jung était vu comme un mystique, plutôt que comme un psychanalyste.




Lorsque la pensée jungienne s’est diffusée à l’international dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, la France n’a pas suivi le mouvement.
Dans un pays profondément marqué par la pensée rationaliste — héritée notamment de Descartes —, tout ce qui touche à l’irrationnel, au symbolique ou au spirituel suscite souvent méfiance.
À cela s’ajoute une spécificité française : le concept de laïcité, interprété de manière très stricte, a rendu difficile toute approche psychologique intégrant les symboles religieux ou les traditions spirituelles.
Or, Jung a beaucoup travaillé sur les religions, en particulier le christianisme, mais dans une optique psychologique et non dogmatique. Il a analysé les figures divines comme des archétypes universels, présents dans l’inconscient collectif. Selon lui, la croyance en un ou plusieurs dieux est une constante anthropologique observable dans toutes les civilisations. Mais cette lecture symbolique et critique des religions a été mal comprise en France, où l’on a davantage perçu Jung comme un illuminé.
Un autre facteur important est le monopole freudo-lacanien qui a dominé la psychanalyse française jusque dans les années 90. Freud puis Lacan ont occupé toute la scène, laissant peu de place aux approches alternatives, comme celle de Jung. Ce n’est qu’à partir des années 2000, avec le recul progressif de l’influence lacanienne et une ouverture plus grande à d’autres courants, que la pensée jungienne a commencé à être redécouverte.
Aujourd’hui encore, il reste beaucoup à faire pour qu’elle soit reconnue à sa juste valeur. Mais je suis confiant : Freud a théorisé la psyché du XXᵉ siècle, et Jung — sans le savoir — celle du XXIᵉ siècle. Ce sont les décennies à venir qui permettront de réellement comprendre et intégrer la richesse de la psychologie jungienne.
🇯🇵 Le Japon est le pays qui recense le plus de thérapeutes par le Jeu de sable
⭐ Cela s’explique par des raisons culturelles, liées notamment à deux arts traditionnels japonais.
D’une part, il y a la tradition des jardins zen, Karesansui, que l’on retrouve dans les temples. Ces jardins méditatifs, composés de sable, de pierres et de végétation, invitent à la contemplation et à l’introspection.
D’autre part, on peut évoquer l’art miniature, Hakoniwa, qui consiste à représenter de petits mondes dans des boîtes. Les Japonais·e·s apprécient particulièrement cet art, créant souvent des univers miniatures végétalisés, soigneusement élaborés dans des petits contenants.
La rencontre entre cette affinité culturelle pour les mondes miniatures et l’élément sable trouve un écho naturel dans la pratique du Jeu de sable. Cela résonne profondément avec leur imaginaire et leurs traditions.
⭐ Un autre facteur important à considérer est l’attitude culturelle face à la plainte.
Au Japon, il est très mal vu de se plaindre ouvertement. Or, le premier temps d’une thérapie classique est bien souvent l’expression de la plainte.
Le Jeu de sable offre ici une alternative subtile : il permet de se plaindre sans se plaindre. Grâce à son mode non verbal, l’expression se fait de manière plus discrète, détournée et symbolique, ce qui évite le sentiment de culpabilité souvent associé à la plainte dans cette culture.
⭐ C’est d’ailleurs l’un des fondements essentiels du Jeu de sable : tant que nos souffrances restent inexprimées, elles nous manipulent et nous dominent. En revanche, dès que nous pouvons les extérioriser dans un espace sûr, comme le cabinet d’un thérapeute, nous reprenons le pouvoir sur elles. Ce ne sont plus elles qui nous contrôlent, c’est nous qui apprenons à les maîtriser.
Et justement, quand les mots manquent, le Jeu de sable permet cette expression : silencieuse, profonde et libératrice.
C’est d’ailleurs l’un des fondements essentiels du Jeu de sable : tant que nos souffrances restent inexprimées, elles nous manipulent et nous dominent.
Tu as fondé l’Institut du Jeu de sable afin de former des thérapeutes au Jeu de sable. Comment se passe l’intégration du Jeu de sable dans leur pratique ?
Au départ, je suis allé me former en Belgique, car il n’existait à ce moment-là aucune formation au Jeu de sable en France.
À mon retour, après avoir commencé à intégrer cette pratique dans mes consultations, plusieurs collègues psychologues, notamment ceux travaillant avec les enfants, se sont montré·e·s très curieux et curieuses. Ils et elles ont rapidement vu le potentiel de cet outil dans la relation thérapeutique et m’ont demandé de les initier à cette approche.
Dans un premier temps, j’ai proposé un stage d’introduction, conçu pour poser les bases du Jeu de sable et en présenter les principes fondamentaux. Mais à l’issue de chaque stage, un petit groupe d’élèves voulait aller plus loin. C’est ainsi que, progressivement, j’ai développé un deuxième module, puis un troisième, pour approfondir la pratique, selon les besoins et la dynamique du groupe. Chaque module dure deux ou trois jours, en fonction du nombre de participant·e·s.
Le bouche-à-oreille a fait son œuvre et la demande s’est accentuée. C’est ce qui m’a conduit à fonder l’Institut du Jeu de sable, afin de proposer une formation complète sur deux ans.
Ce format s’est imposé naturellement : deux années sont nécessaires pour s’approprier la technique du Jeu de sable, mais aussi pour intégrer les fondamentaux de la psychologie jungienne, sur lesquels cette pratique repose.
Aujourd’hui, l’Institut accueille des psychiatres, psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes, art-thérapeutes, psychopraticien·ne·s, et parfois des professionnel·le·s de l’accompagnement qui souhaitent enrichir leur pratique d’un outil symbolique et non-verbal.
Le Jeu de sable trouve sa place aussi bien en thérapie individuelle avec les enfants qu’avec les adultes, dans des contextes variés : souffrance psychique, blocages émotionnels, traumatismes, etc.
C’est un outil puissant d’exploration de l’inconscient, particulièrement utile là où les mots ne suffisent plus ou ne sont pas encore possibles.
C’est un outil puissant d’exploration de l’inconscient, particulièrement utile là où les mots ne suffisent plus ou ne sont pas encore possibles.
👩🎓 La formation au Jeu de sable à l’Institut du Jeu de sable
📙 La formation au Jeu de sable s’étend sur deux ans et comprend six séminaires de deux jours chacun. Dès le premier séminaire, les participant·e·s commencent à utiliser concrètement le dispositif.
C’est un point essentiel : la formation repose sur une alternance constante entre théorie et pratique. Intégrer les notions théoriques devient bien plus aisé lorsqu’elles sont directement reliées à l’expérience vécue.
À noter : il est tout à fait possible de pratiquer avec le dispositif — dans ce cas là, on parle donc du Jeu du monde — sans adhérer à la psychologie jungienne.
Il existe ainsi deux niveaux de formation :
📙 Le “Jeu de sable”, en six séminaires de deux jours. Ils s’adressent aux personnes souhaitant approfondir la méthode dans une perspective jungienne, en intégrant les concepts développés par Carl Gustav Jung. Cette approche a été mise au point par Dora Kalff, qui a adapté le dispositif de Lowenfeld à la psychologie jungienne.
💌 Pour en savoir plus sur la formation Jeu de sable animée par Matthieu Mares à l’Institut du Jeu de sable, cliquezici.
📙 Le “Jeu du monde”, en un séminaire de trois jours. Il s’appuie sur l’approche de Margaret Lowenfeld, créatrice du dispositif. Cette étape permet de se familiariser avec la pratique de manière totalement athéorique, quelle que soit son orientation : psychanalytique, cognitivo-comportementale, humaniste, art-thérapeutique, psychocorporelle, etc.
💌 Pour tout savoir sur la formation Jeu du monde animée par Matthieu Mares à l’Institut Cassiopée, cliquez ici.

Et quels sont les principaux bénéfices pour les thérapeutes que tu formes ?
Le principal bénéfice concerne la thérapie avec les enfants. Les thérapeutes formé·e·s au Jeu de sable ne se sentent plus impuissant·e·s face au silence ou à la difficulté de l’enfant à verbaliser son vécu.
Dans les thérapies d’enfants, il est fréquent que le ou la thérapeute se retrouve dans une position d’attente, voire de frustration, lorsque l’enfant ne parle pas de ce qu’il vit. On peut alors facilement basculer dans une forme d’occupationnel, où la séance semble vide de sens ou peu productive.
Avec le Jeu de sable, c’est tout l’inverse : l’enfant s’exprime de manière spontanée à travers le jeu. Il met en scène ses difficultés, ses besoins, ses conflits internes. Cela donne au thérapeute des clés précieuses pour aborder les sujets importants, sans avoir à forcer la parole.
Dans ce cadre, les transformations sont souvent visibles : par le jeu, l’enfant peut faire évoluer son récit, trouver des solutions symboliques, aider un personnage à surmonter un obstacle… Et ce qui se transforme dans le bac à sable finit souvent par se transformer dans sa vie.
Même lorsque la parole reste absente, le thérapeute peut guider le jeu symbolique pour encourager des prises de conscience ou faire émerger de nouvelles dynamiques internes.
Le Jeu de sable devient ainsi un outil essentiel pour sortir de l’impuissance ressentie dans certaines thérapies avec enfants ou adolescents.
Pour les adultes, les bénéfices sont différents, mais tout aussi puissants. Il s’agit souvent de problématiques bien identifiées, mais figées, comme si la parole seule ne suffisait plus à avancer.
Grâce au Jeu de sable, l’inconscient entre en scène. Le patient met en forme ses ressentis, ses blocages, mais aussi ses ressources, de façon symbolique. Le ou la thérapeute peut alors l’aider à prendre conscience de ses ressources. Par exemple, le simple fait de remarquer que la force ou la protection est représentée dans le bac peut produire un déclic immédiat.
C’est aussi un excellent outil quand la thérapie semble s’enliser ou que les sujets s’épuisent. Le Jeu de sable permet de relancer le travail thérapeutique, de faire émerger de nouveaux contenus et de contourner les résistances du mental, souvent très présentes chez les adultes.
Le principal bénéfice concerne la thérapie avec les enfants. Les thérapeutes formé·e·s au Jeu de sable ne se sentent plus impuissant·e·s face au silence ou à la difficulté de l’enfant à verbaliser son vécu.
Ci-dessous, les livres coups de cœur de Matthieu





💌 Pour aller plus loin
🌺 Vous voulez en savoir plus sur le Jeu de sable, les formations proposées par l’Institut du Jeu de sable, ou bien contacter Matthieu Mares ? Rendez-vous sur le site de l’Institut du Jeu de sable et sur le site de l’Institut Cassiopée.
🌺 En complément, vous pouvez consulter cette vidéo dans laquelle Matthieu présente la Thérapie par le Jeu du monde : cliquez ici.

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